05.08.2011

La mort périnatale : la peur de l'oubli

La mort périnatale a cela de spécifique qu’elle démultiplie la crainte chez les parents d’oublier l’enfant qui a disparu et n’aurait pas existé suffisamment longtemps. Ce deuil contre-nature, car il concerne un être qui aurait dû logiquement survivre à ses parents, ne laisse malheureusement qu’une ébauche restreinte de souvenirs communs. Ceci ne veut pas dire que la souffrance est moins intense, loin de là, mais plutôt qu’elle se construit sur une sensorialité limitée par le temps de vie de la relation. N’ayant que peu interagi avec leur enfant au long de la grossesse ou après la naissance, les parents redoutent que le peu de souvenirs qu’ils ont de leur petit disparaisse en même temps que le corps de celui-ci. Ceci est moins fréquent quand on est confronté à la mort d’un adulte. Une différence peut également se marquer dans le ressenti de la mère et dans celui du père. En effet, la maman a eu la chance de porter son enfant en son sein pendant plusieurs mois. Si le terme où a eu lieu le décès in utero est suffisamment avancé ou si la grossesse est arrivée à son aboutissement, un lien particulier a pu se tisser avec l’enfant qui a communiqué par ses mouvements, ses coups, son hoquet. En caressant son ventre rond, la mère a eu l’opportunité d’établir un lien sensoriel avec le bébé dont elle a ressenti la présence au plus profond d’elle-même. Le père, quant à lui, peut se retrouver frustré de cette sensorialité qu’il n’a pu expérimenter qu’à travers la paroi du ventre de sa compagne. Pour autant que le décès se produise in utero, il perd un pan de communication avec son enfant et risque de se sentir en déséquilibre par rapport à la souffrance exprimée par sa femme. Il ne doit donc pas être oublié et nécessite, au même titre que tous les acteurs concernés par cette perte dramatique, un soutien empathique et respectueux.

20:14 Écrit par Virginie Stevens Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |